Sur les plateformes, l’image de soi devient un argument professionnel
La revue Limes, dans son troisième numéro, invite les chercheurs à étudier comment chacun construit son image sur le web, de la retouche à l’invention de soi.
En bref
- Le numéro 3 de Limes porte sur les identités en récit(s) à l’ère numérique.
- Les textes doivent parvenir avant le 17 novembre 2025.
- Deux axes sont suggérés, sans caractère limitatif.
- Les plateformes servent à revendiquer une appartenance professionnelle, selon l’appel.
Comment un individu façonne-t-il son image sur le web, jusqu’à la retoucher ou l’inventer ? La revue Limes (E-ISSN 3085-4660) en fait le fil conducteur de son troisième numéro, « Des identités en récit(s) à l’ère numérique ». Son appel, que Fabula publie, s’adresse aux chercheurs qui étudient la construction de soi dans les environnements numériques.
Ce que la revue attend des auteurs
Trois formats sont envisagés : des enquêtes de terrain menées par netnographie, des réflexions d’ordre épistémologique ou méthodologique, et des études de cas. La revue souhaite rassembler des textes qui explorent les nombreuses facettes de la construction identitaire en milieu numérique et qui exposent les dynamiques, les tensions et les enjeux de ces pratiques passant par des médias.
Le champ reste ouvert. Les propositions peuvent concerner les pratiques, les représentations et les discours qui élaborent, modulent ou peaufinent l’image de soi dans l’univers digital, mais aussi ceux qui la falsifient, la maquillent ou la réinventent. Les deux axes retenus n’enferment pas les auteurs : ils peuvent s’y inscrire « sans toutefois s’y limiter ».
Deux axes, deux questions
Le premier axe interroge les motivations, les modalités et les effets de cette émancipation, ainsi que les formes de sémiotisation mobilisées pour s’affirmer, se distinguer, résister, défendre ses intérêts ou cultiver son utilité sociale.
Le second met en regard plusieurs couples de notions : singulier et normé, corporel et dématérialisé, sincère et scénarisé, apparent et caché, fictif et réel, continu et fragmenté, exposition et protection.
Le premier axe, intitulé « Tournant numérique et nouvelles modalités de subjectivation », part d’un constat : des individus s’affranchissent du contrôle des gatekeepers et du formatage des médias traditionnels pour inventer de nouvelles formes de publicisation de soi. Le second, « Intime, extime et régulation de la visibilité dans l’espace socionumérique », examine la façon dont chacun règle les seuils entre dévoilement et dissimulation lorsqu’il s’expose en ligne.

Les plateformes, tribunes d’une appartenance professionnelle
L’introduction de l’appel touche aussi au monde du travail. D’après le texte, les plateformes en ligne se transforment en tribunes où l’on affirme une compétence et où l’on se réclame d’une communauté professionnelle.
Ces espaces servent également à défendre une opinion (Cazeaux, 2024) ou à faire entendre une parole alternative (Mabi et Gruson-Daniel, 2018). Sur le terrain des compétences, l’appel rapporte la position de Merzeau (2009) : savoir entretenir son identité numérique est une aptitude que valorisent le marché de l’attention et celui de la réputation. Il mentionne aussi Povéda (2019), pour qui une bonne gestion de ses traces numériques figure parmi les signes de compétences professionnelles et, plus largement, sociales.
Les « e-influenceurs » fournissent une autre illustration : selon Bernier (2015), leur mise en scène permanente peut devenir un capital à la fois économique et symbolique, dans un régime fondé sur la visibilité.
Dans ce cadre, l’appel présente l’identité numérique comme une activité plutôt qu’un statut. Il décrit l’utilisateur du web 2.0 qui cultive cette compétence comme un « entrepreneur de soi », selon Bernier, et comme le designer de sa propre visibilité.
Une représentation de soi qui se fabrique
La façon de se présenter en ligne ne relève pas seulement de l’élaboration soignée : l’appel envisage qu’elle soit aussi falsifiée, maquillée ou réinventée. Cet écart entre l’image affichée et la personne ouvre aux auteurs de nombreuses pistes de sujets, à explorer avant la date de tombée du 17 novembre 2025.
Photo : cottonbro studio / Pexels
