EN BREF
La crise sanitaire a transformé la formation professionnelle en forçant un basculement inédit vers le distanciel. Selon une étude de l’Organisation internationale du Travail, les confinements et la distanciation ont stimulé une vague d’innovation pédagogique — plateformes, webinaires, podcasts et vidéos — tout en révélant des limites : la mise en œuvre rapide n’a pas entièrement compensé la perte des compétences pratiques et la baisse des offres de stages et d’apprentissages en entreprise. Les entreprises, pour 65 % d’entre elles, ont déployé des mesures actives (visioconférence, e‑learning) ; 53 % ont adapté les parcours d’apprentissage et 37 % ont conclu des partenariats externes. Parallèlement, 75 % se disent prêtes à investir dans la digitalisation — réalité virtuelle, blended learning, outils multimédia — tandis que l’usage des documents imprimés recule au profit de contenus audio‑visuels. Le débat reste vif : peut‑on évaluer correctement des savoir‑faire manuels à distance ? Et comment résoudre les contraintes financières et la sécurisation des contenus lorsque la formation se virtualise ?
AccĂ©lĂ©ration de l’apprentissage Ă distance
La crise sanitaire a agi comme un catalyseur d’innovations pour la formation professionnelle. Face aux confinements et aux restrictions de mobilitĂ©, les organismes et les entreprises ont massivement basculĂ© vers des modalitĂ©s Ă distance : visioconfĂ©rence, plateformes d’e-learning, modules asynchrones et supports multimĂ©dias. Cette transformation n’est pas seulement une rĂ©ponse temporaire : elle a durablement modifiĂ© l’organisation des parcours et la relation entre formateurs et apprenants.
La continuité pédagogique a été préservée grâce à ce saut technologique, et cela a permis d’éviter une rupture brutale des parcours professionnels. Les retours d’enquête montrent que cette transition a favorisé l’accessibilité et la flexibilité : les salariés peuvent suivre des modules pendant des périodes éclatées, les coûts de déplacement diminuent et les formations deviennent plus modulaires.
Cependant, cette accĂ©lĂ©ration soulève des enjeux qualitatifs. La multiplication d’outils pose la question de la standardisation des contenus, de l’interopĂ©rabilitĂ© des plateformes et de la montĂ©e en compĂ©tences des concepteurs pĂ©dagogiques. Pour approfondir l’analyse statistique et les pistes d’action proposĂ©es, le rapport de la DARES offre des donnĂ©es utiles et des recommandations mĂ©thodologiques (DARES – impact de la crise).
Sur le plan pratique, l’argument principal en faveur du distanciel est économique et organisationnel : il permet d’atteindre davantage de personnes pour un coût marginal réduit. Néanmoins, il faut intégrer la capacité d’apprentissage autonome des publics et prévoir des dispositifs de tutorat et d’accompagnement renforcé pour compenser la perte d’interactions informelles.
Limites pour les compétences pratiques
La formation à distance a prouvé son efficacité pour des contenus théoriques, mais elle peine à remplacer l’apprentissage par le travail et l’acquisition des compétences pratiques. Les métiers techniques, les professions manuelles ou les pratiques nécessitant du matériel spécifique ont vu leur formation largement perturbée. La baisse des offres de stages et d’apprentissages en entreprise a accentué ce déficit d’opportunités de mise en situation réelle.
L’absence de terrain compromet la validation des compétences opérationnelles et pose un risque pour l’employabilité future des apprentis et stagiaires. Les entreprises ont tenté des ajustements : prolongation des périodes d’apprentissage, réaménagement des calendriers et, pour certains, reprise partielle en présentiel sous mesures sanitaires strictes. Malgré ces efforts, la tension entre sécurité sanitaire et besoins pratiques demeure.
Les limites techniques des solutions numériques sont également visibles : la simulation ne remplace pas toujours l’expérience concrète, et l’évaluation des gestes professionnels reste complexe. Des dispositifs comme la réalité virtuelle ou augmentée peuvent offrir des solutions partielles, mais ils exigent des investissements et une ingénierie pédagogique poussée pour être pertinents.
Les spĂ©cialistes de la formation recommandent donc des parcours hybrides intĂ©grant des phases de simulation numĂ©rique suivies de mises en situation en entreprise, quand cela est possible. Pour une lecture approfondie des changements de modèle pĂ©dagogique observĂ©s, on peut consulter des analyses comme celles disponibles sur Cairn – CeREQ et des rĂ©flexions sectorielles rĂ©unies sur Artcena.
Mesures prises par les entreprises
Les entreprises ont répondu à la crise par une palette d’actions visant à maintenir et adapter la formation : recours massif à la visioconférence, montée en puissance des plateformes d’e-learning, aménagement des périodes d’apprentissage et partenariats avec des prestataires externes. Selon les enquêtes, une part significative d’organisations a opté pour des mesures actives afin d’assurer la continuité des parcours et de favoriser le upskilling et le reskilling.
Plus de la moitié des employeurs ont mis en place des ajustements pour que les apprentis puissent terminer leur parcours et près de deux tiers ont engagé des actions de formation pour leurs salariés. Parallèlement, environ un tiers des entreprises a déclaré nouer des collaborations externes pour pallier les limites internes en ingénierie pédagogique.
La diversité des mesures rend nécessaire une approche catégorisée pour décider des investissements prioritaires. Le tableau ci‑dessous synthétise les types de mesures observées et leur fréquence relative, pour servir de guide stratégique aux décideurs.
| Mesure | Objectif | Part des entreprises (approx.) |
|---|---|---|
| Visioconférence et e‑learning | Assurer la continuité des cours | ~65 % |
| Réaménagement des périodes d’apprentissage | Permettre la fin des cursus | ~53 % |
| Partenariats externes | Accéder à des compétences pédagogiques | ~37 % |
Ces choix traduisent une priorisation pragmatique : maintenir l’activité et sécuriser les compétences clés. Pour des pistes sur les nouvelles pratiques attendues d’ici 2025, la plateforme Postgrad Toolbox propose des scénarios d’évolution intéressants.
Digitalisation et nouveaux formats pédagogiques
La crise a accéléré une digitalisation qui dépasse la simple dématérialisation des documents : il s’agit désormais d’intégrer des parcours hybrides, du multimédia, des dispositifs immersifs et du blended learning. Les entreprises ne cherchent plus seulement à remplacer le présentiel, elles visent à augmenter l’efficacité pédagogique en combinant formats et médias variés.
Près des trois quarts des organisations envisagent d’améliorer l’efficacité de la formation via des investissements dans les plateformes, les outils numériques et la montée en compétences des formateurs. Le remplacement progressif des documents imprimés par des vidéos, podcasts et autres contenus interactifs s’inscrit dans cette logique : l’utilisation des supports papier a nettement reculé, au profit de formats plus engageants et mesurables.
Les innovations vont du simple module vidéo aux expériences en réalité virtuelle et augmentée, en passant par des playlists pédagogiques et l’usage des réseaux sociaux pour des micro‑learning. Ces formats permettent d’adapter les parcours aux rythmes individuels et aux contraintes opérationnelles des entreprises. Toutefois, leur adoption requiert une stratégie claire : choix d’outils, pilotage des coûts, formation des formateurs et dispositifs d’évaluation adaptés.
Le Centre des nouvelles tendances en formation et le Cnam Entreprises analysent ces mutations et proposent des méthodes pour structurer les investissements numériques (Cnam Entreprises). L’enjeu est de transformer la digitalisation en levier durable, et non en simple palliatif conjoncturel.
Freins et défis à la formation digitale
Malgré les progrès, plusieurs freins continuent de ralentir l’adoption pleine et entière du digital learning. Le premier est la difficulté d’évaluer et de certifier les compétences pratiques acquises à distance. Le second tient aux ressources financières nécessaires pour équiper et former les équipes pédagogiques. Enfin, la maîtrise des contenus, notamment lorsqu’ils sont externalisés, soulève des questions de qualité et de sécurité pédagogique.
Les entreprises expriment un scepticisme persistant : la formation à distance ne reproduit pas toujours la richesse des interactions présentielles, et cela remet en cause la confiance dans les dispositifs entièrement digitaux. Les responsables formation pointent aussi le manque de temps des salariés pour suivre des modules longs, la surcharge cognitive induite par les plateformes et la fracture numérique pour certains publics.
Pour répondre à ces défis, il est nécessaire d’articuler solutions techniques et gouvernance pédagogique : développer des outils d’évaluation en situation (en entreprise ou via simulation), sécuriser la propriété intellectuelle des contenus, et mettre en place des modèles de financement adaptés. Le renforcement du social learning — pairs formateurs internes, communautés d’apprentissage et tutorat — apparaît comme une réponse pragmatique pour restaurer l’interaction humaine et diffuser les savoirs.
| Défi | Réponse possible |
|---|---|
| Évaluation des compétences pratiques | Combiner simulations, épreuves en entreprise et portfolios |
| Ressources financières | Prioriser investissements modulaires et partenariats ciblés |
| Contrôle et sécurisation des contenus | Normes pédagogiques et contractualisation des prestataires |
Pour approfondir ces verrous et les leviers d’action, les analyses disponibles sur Cairn et les retours sectoriels compilés par des plateformes spécialisées donnent des orientations utiles pour rééquilibrer qualité et efficacité.
Synthèse : évolution de la formation professionnelle en période de crise
La crise a agi comme un révélateur et un accélérateur : elle a imposé une transformation rapide de la formation professionnelle et montré que les systèmes peuvent s’adapter. En décalant massivement les apprentissages vers le numérique, les organisations ont préservé l’accès à la formation et favorisé l’innovation pédagogique. Mais ce progrès est ambigu : il ouvre des opportunités réelles tout en exposant des limites structurelles qu’il faut adresser.
Sur le plan positif, le passage au distanciel a accru la disponibilité des dispositifs d’upskilling et de reskilling, démocratisé le multimédia pédagogique (vidéos, podcasts, plateformes) et stimulé l’investissement dans des outils numériques, y compris la réalité virtuelle et le blended learning. Ces évolutions renforcent l’efficacité et la scalabilité des parcours, réduisent certains coûts et offrent davantage de flexibilité aux apprenants et aux entreprises.
Pourtant, la crise a aussi aggravé des vulnérabilités : la perte d’opportunités de formation en milieu professionnel (stages, apprentissages) limite l’acquisition des compétences pratiques ; l’évaluation des savoir-faire reste difficile à distance ; la fracture numérique et les contraintes financières freinent les déploiements de qualité. Ces freins expliquent pourquoi certaines entreprises demeurent sceptiques quant à la capacité du numérique à remplacer l’interaction présentielle.
Face à ces contradictions, l’évolution souhaitable n’est pas le tout-numérique mais l’hybridation réfléchie : combiner modules en ligne, sessions présentielles ciblées pour la pratique, évaluations adaptées et renforcement des compétences des formateurs. Il est également impératif de sécuriser les contenus, clarifier les modalités d’évaluation et consolider les partenariats externes pour mutualiser les ressources.
Enfin, pour pérenniser ces transformations, les entreprises doivent prioriser l’investissement dans les outils pédagogiques et la formation des équipes de conception, tout en garantissant l’inclusion et la continuité des parcours professionnels. Ce n’est qu’en articulant innovation technologique et exigence de qualité que la formation professionnelle sortira renforcée d’une période de crise.
Évolution de la formation professionnelle en période de crise
Q : Quel a Ă©tĂ© l’impact global de la crise sanitaire sur la formation professionnelle ?
R : La crise a agi comme un accĂ©lĂ©rateur : elle a contraint les acteurs Ă maintenir l’accès Ă la formation via un basculement rapide vers la formation Ă distance, favorisant l’Ă©mergence d’outils et de formats innovants. Toutefois, ce progrès s’accompagne d’effets nĂ©gatifs, notamment une rĂ©duction des opportunitĂ©s de formation en situation de travail et une perte de certaines dimensions pratiques indispensables Ă l’enseignement technique.
Q : En quoi la formation à distance a-t-elle réellement progressé ?
R : Les organisations ont massivement adoptĂ© la visioconfĂ©rence et les plateformes d’e‑learning, amĂ©liorant rapidement l’offre et la qualitĂ© perçue. Les contenus multimĂ©dias (vidĂ©os, podcasts) sont devenus beaucoup plus prĂ©sents, au dĂ©triment des supports imprimĂ©s. Cette transformation a permis de maintenir la continuitĂ© pĂ©dagogique et d’expĂ©rimenter des formats plus flexibles et reproductibles.
Q : Quels aspects posent problème avec le tout‑digital ?
R : Le principal point de dĂ©saccord porte sur l’acquisition des compĂ©tences pratiques : la formation Ă distance peine Ă reproduire l’apprentissage par le geste et l’immersion en entreprise. La diminution des offres de stages et d’apprentissages a rĂ©duit les occasions d’entraĂ®nement sur le terrain, fragilisant certains parcours professionnels.
Q : Quelles mesures concrètes les entreprises ont-elles mises en place pour continuer à former ?
R : Une large part des organisations a dĂ©ployĂ© des solutions numĂ©riques : utilisation de confĂ©rences Web, cours en ligne et rĂ©amĂ©nagement des pĂ©riodes d’apprentissage pour permettre la validation des parcours. Beaucoup ont aussi repris partiellement la formation prĂ©sentielle avec des règles sanitaires et ont nouĂ© des partenariats externes pour complĂ©ter leurs capacitĂ©s internes.
Q : Les entreprises investissent-elles dans la digitalisation de la formation ?
R : Oui : mĂŞme si certaines Ă©voquent des contraintes budgĂ©taires, une majoritĂ© affirme vouloir amĂ©liorer l’efficacitĂ© de la formation en investissant dans des plateformes, du matĂ©riel, des outils multimĂ©dias et, pour certains, des technologies immersives comme la rĂ©alitĂ© virtuelle ou la rĂ©alitĂ© augmentĂ©e. Le blended learning est Ă©galement privilĂ©giĂ© pour combiner avantages prĂ©sentiels et distanciels.
Q : Comment les entreprises prĂ©voient-elles d’ajuster leur stratĂ©gie pĂ©dagogique ?
R : Elles cherchent Ă renforcer les ressources numĂ©riques (vidĂ©os, podcasts, mĂ©dias sociaux), Ă dĂ©velopper des parcours hybrides et Ă former des collaborateurs capables de concevoir et animer des formations en ligne. L’objectif est d’industrialiser la production de contenus tout en conservant des espaces d’interaction humaine quand cela s’avère nĂ©cessaire.
Q : Quels sont les principaux freins à une adoption complète du digital learning ?
R : Trois freins reviennent systĂ©matiquement : la difficultĂ© d’Ă©valuer les compĂ©tences pratiques Ă distance, les contraintes financières liĂ©es au renforcement des capacitĂ©s numĂ©riques, et le souci de maĂ®triser la qualitĂ© et la sĂ©curitĂ© des contenus lorsque ceux‑ci sont externalisĂ©s.
Q : Comment rĂ©pondre au dĂ©fi de l’Ă©valuation des compĂ©tences pratiques ?
R : Il faut combiner solutions techniques et pĂ©dagogies adaptĂ©es : simulations virtuelles, dispositifs d’Ă©valuation en situation rĂ©elle (stages amĂ©nagĂ©s), et mĂ©triques d’apprentissage basĂ©es sur des preuves d’activitĂ©. L’important est d’aligner les outils avec des critères d’Ă©valuation transparents et robustes.
Q : Quel rĂ´le jouent les prestataires externes et les partenariats ?
R : Les partenariats permettent d’accĂ©der rapidement Ă des compĂ©tences techniques et Ă des catalogues de contenus numĂ©riques. Ils sont particulièrement utiles pour compenser un manque de ressources internes, accĂ©lĂ©rer la mise en place de solutions innovantes et partager les risques liĂ©s Ă l’investissement.
Q : Quelles tendances faut‑il surveiller pour l’avenir de la formation professionnelle ?
R : Surveiller l’essor du multimĂ©dia et des formats courts, la gĂ©nĂ©ralisation du blended learning, la montĂ©e en puissance des technologies immersives et l’intĂ©gration du social learning (collaboration et formation par les pairs). Ces Ă©volutions redĂ©finissent les compĂ©tences nĂ©cessaires aux formateurs et les critères d’investissement des organisations.
